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Un étrange pays

Publié le 20 décembre 2018

En ce jour de l'automne tardif, les érables flamboyaient ; au premier plan, le long du bâtiment, un bande de sable striée d'arabesques donnait au jardin ses vagues ; au-delà commençait l'océan de verdure. Il y avait là quelques azalées déjà nues, ici des bambous célestes en grappes de baies rouges, et partout de ces pins taillés au fil des siècles pour prendre forme singulière — leur forme essentielle, celle qui se trouve à l'intérieur et requiert qu'un jardinier écoute ce que l'arbre lui chuchote tandis que le vent et les orages ne parlent qu'à son écorce. Ils ressemblaient à ceux des Bois obscurs, mais les contorsions des branches noires donnaient naissance, à leur extrémité, à des têtes d'aiguilles allégées par l'art des jardiniers en cils délicats, et la coquetterie de ces œillades piquées sur la sécheresse du bois récitait un cantique d'épure et de grâce.